22/07/2011

La poule aux oeufs d'or ou le coq déplumé ?

Comme beaucoup de Genevois, je suis avec intérêt le débat qui fait actuellement rage au sujet du modèle de croissance du canton.
En tant que membre de la Commission des finances du Grand conseil, j’ai pu constater que si l’Etat a pu clôturer son exercice 2010 par un excédent de recettes de CHF 273 millions, c’est grâce à une économie genevoise extrêmement dynamique, portée en particulier par les entreprises exportatrices ainsi que par les sociétés multinationales et de « trading » de matières premières. C’est à elles que l’on doit le privilège d’avoir pu passer la crise sans trop d’encombres et de connaître une croissance enviée et enviable. En 2010, la valeur des exportations genevoises a bondi de 23,4% sur une année, pour atteindre 13,6 milliards de francs, un niveau voisin du record de 2008.
Or, ce sont précisément ces entreprises que, dans son programme économique, le parti socialiste veut bouter hors du canton.
Ce parti est maintenant rejoint dans son effort par l’élu savoyard Antoine Vielliard, conseiller général du canton de Saint-Julien, qui, dans un récent billet publié sur son blog de la Tribune de Genève, affirme qu’ « il est temps de passer à un autre modèle de croissance ». Il s’en prend au passage aux multinationales ainsi qu’à la révision courageuse et ambitieuse du plan directeur cantonal présentée par le Président du Conseil d’Etat Mark Muller. Ce dernier met à juste titre en garde les Genevois contre « des réactions d’enfants gâtés » et appelle à veiller « à ne pas tuer la poule aux œufs d’or » (voir TdG du 20 juillet).
J’avoue que je suis un partisan inconditionnel de la construction d’une agglomération franco-valdo-genevoise et de la libre circulation des personnes, qui sont synonymes de prospérité pour notre canton.
Je reste néanmoins légèrement perplexe face aux conseils prodigués par un élu français en matière de croissance économique genevoise.
En effet, M. Vielliard serait sans doute mieux inspiré de se pencher en priorité sur la situation de son propre pays et sur celle, peu enviable, de l’Union européenne.
La France, qui est sans contexte une grande nation et dont le coq gaulois est l’emblème, doit faire face à des déficits publics abyssaux, alors que tant la Suisse que le canton de Genève ont réussi l’exploit de dégager des excédents de revenus durant la crise. De plus, l’Hexagone souffre d’un taux d’endettement par rapport au PIB (83,2% en 2010) qui atteint plus du double de celui de la Suisse (38,3%). En outre, notre grand voisin de l’Ouest est victime d’un chômage endémique dont le taux (9,2% fin 2010) est un multiple de celui qui touche notre pays (3,8%). Ce taux dépasse même largement celui du canton de Genève, qui détient déjà malheureusement un triste record au sein de la Confédération (6,3% en décembre 2010).
Dans l’Union européenne, la situation est encore bien pire. Face à un endettement devenu insupportable (plus de 170% du PIB en Grèce, contre moins de 40% en Suisse), l’UE doit voler au secours d’Athènes qui est au bord du défaut de paiement. Ce second plan d’aide se monte à 158 milliards d’euros et prévoit également un « plan Marshall » pour relancer la croissance grecque. Au Portugal et en Irlande, on n’est pas loin du gouffre.
Pendant ce temps, à Genève et à Saint-Julien, certains font la fine bouche par rapport à une croissance économique dont notre canton devrait au contraire se féliciter, puisqu’elle permet notamment d’assurer le train de vie d’un Etat gourmand.
Le dernier mot reviendra à notre Ministre des finances David Hiler qui déclarait ce printemps : « la décroissance, c’est la mort de l’Etat social » (TdG du 11 mai 2011).

10:55 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook

18/07/2011

Drame en un seul acte

Les personnages :
-    Chimène : marquise et immense directrice de théâtre en mal de mandat
-    Cléante : Ministre de la Culture d’un royaume lointain
-    Oronte : Ministre de la Culture d’une ville de province

Chimène :
Messieurs, volez à mon secours !
Mon talent n’est plus reconnu.
Je vous l’affirme sans détour,
Sans vous je suis à la rue.

Amis de combat, camarades !
Versez-moi une subvention
Pour ne pas me laisser en rade
Sinon, c’est la révolution !

Le Chœur des Ministres (Cléante et Oronte)
Belle marquise, écoutez-nous !
Vos  grands mérites artistiques
Justifient ces quelques sous.
Il n’y a rien de politique.

Deux cent mille francs, seulement ?
Vous voilà soudain très modeste.
Nous signons immédiatement.
Et sommes fiers de ce beau geste.

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11/07/2011

Les banques étrangères en Suisse: un indicateur avancé

L’Association des banques étrangères en Suisse (ABES) vient de tenir son assemblée générale annuelle à Genève. Notre canton doit se féliciter d’avoir pu accueillir sur son sol cet événement organisé sans tapage par un groupe de banques qui représente près de la moitié des établissements domiciliés chez nous et qui assure environ 9'000 emplois à haute valeur ajoutée ainsi que des recettes fiscales substantielles.
La présence de ces banques, en général des multinationales, permet aussi à Genève d’occuper un enviable et envié 9ème rang dans le « Top 20 » des places financières globales établi par la City of London.
Les établissements en question ne sont pas seulement actifs dans la gestion de fortune privée et institutionnelle, ils constituent également les principaux acteurs dans le domaine du financement du négoce de matières premières. Les grandes banques françaises disposent notamment d’un savoir faire unique dans cette spécialité.
Le développement de ce segment d’activité spécifique est sans aucun doute lié à la présence dans le canton de plus de 400 sociétés de « trading » et de leurs 8'000 collaboratrices et collaborateurs qui traitent 75% des exportations de pétrole russe, 60% des exportations de céréales russes et ukrainiennes ainsi que 10% des exportations mondiales d’acier, pour ne citer que quelques chiffres.
Or, cette communauté est fragile dans la mesure où sa présence dépend largement des conditions-cadre qui lui sont offertes par le droit fédéral et cantonal. De même, les infrastructures cantonales (en particulier l’aéroport), la sécurité, le logement et les écoles sont autant de facteurs déterminants pour le maintien de leur présence à Genève. De par sa dimension résolument internationale, ce petit monde n’a pas forcément le même attachement à notre canton que des entreprises ou des banques dont les racines genevoises remontent, pour certaines d’entre elles, à plusieurs siècles.
Ainsi, si la situation venait à se dégrader de manière trop marquée quant à l’un ou l’autre des critères évoqués ci-dessus, cela pourrait signifier le départ irréversible de certaines de ces établissements ou entreprises et entrainer des problèmes majeurs à Genève en termes d’emplois et de recettes fiscales. Les banques étrangères représentent ainsi un indicateur avancé pour l’attractivité de notre canton. Il ne faudra donc pas négliger les signaux qu’elles pourraient délivrer lors des mois ou années à venir.
Dans ce contexte, on peut légitimement se demander si le message hostile aux multinationales publié récemment sur son blog par la Conseillère administrative socialiste Sandrine Salerno est opportun… 

11:00 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

07/07/2011

Alma mater: la sérénité retrouvée

Le latin étant de nouveau à la mode grâce à une Résolution du Grand Conseil, mes lecteurs ne m’en voudront pas d’utiliser l’expression latine d’alma mater pour désigner notre Université (UNIGE).
Cette institution a défrayé la chronique il y a quelques années suite à d’importants problèmes de gestion. La reprise en main par les recteurs Jacques Weber puis Jean-Dominique Vassali a permis de redresser la barre de ce paquebot qui emploie actuellement environ 5'500 collaboratrices et collaborateurs répartis sur plus de 60 sites.
L’année 2009 a notamment permis de redorer le blason de l’UNIGE de manière spectaculaire dans le cadre des festivités organisées à l’occasion du 450ème anniversaire de sa fondation.
Cette dynamique positive s’est poursuivie depuis lors et cela explique sans doute pourquoi l’Université de Genève occupe des places enviables dans les divers classements internationaux et parvient à attirer pour plus de CHF 150 millions de fonds externes pour ses projets, soit plus que l’EPFL.
Cela explique aussi pourquoi les relations avec le monde politique et, en particulier, avec la commission des finances du Grand Conseil, qui se penche sur le budget de cette entité autonome, se sont grandement améliorées. Certains de mes collègues se souviendront de séances, dirons-nous, plutôt houleuses.
Aujourd’hui, on ne parle plus de notes de frais litigieuses, mais de l’obtention de prix prestigieux en mathématique et de découverte de nouvelles planètes en astrophysique.
Il n’est plus question d’audit de gestion à charge, mais de convention d’objectifs constructive.
En rendant hommage hier aux vice-recteurs Anik de Ribeaupierre et Pierre Spierer, le recteur Vassali a rappelé le chemin parcouru, en se félicitant notamment de l’adoption de la nouvelle loi sur l’Université qui a permis un grand bond en avant.
Avec sa sublime perspective sur le Fort de l’Ecluse, le Domaine des Bossons à Peissy se prêtait admirablement à cet événement organisé par le Rectorat pour célébrer la sérénité retrouvée.

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04/07/2011

Deux messages forts pour l'économie, l'entreprise et l'emploi

En l’espace de deux jours, j’ai eu l’occasion d’entendre deux messages forts en faveur de l’économie, des entreprises et de l’emploi. Ils ont été martelés avec conviction et légitimité le 30 juin à Genève par Luc Perret, Président de la Fédération des métiers du bâtiment, et le 1er juillet à Zurich par Rudolf Stämpfli, Président de l’Union patronale suisse.

Ils ont tous deux plaidé, d’une part, pour le partenariat social, garant de la paix du travail en Suisse depuis plus de 70 ans et, d’autre part, pour la libre circulation des personnes avec l’Union européenne, gage de croissance pour notre économie.

Ce n’est pas par hasard si ce sont deux chefs d’entreprises, des PME familiales de surcroît, qui s’engagent pour ces piliers de la prospérité helvétique. En tant qu’entrepreneurs responsables, ils savent qu’une atteinte à ces deux atouts aurait des conséquences désastreuses pour le tissu économique cantonal et national.

Or, ils ont de quoi être préoccupés. En effet, le partenariat social est attaqué frontalement par une initiative des syndicats visant à instaurer un salaire minimum. En cas d’acceptation, cela pourrait signifier la fin des conventions collectives de travail dans notre pays.

Par ailleurs, la libre circulation des personnes est gravement menacée par un projet d’initiative qui cherche à verrouiller nos frontières et à réintroduire un système de contingents, source de blocages et de lourdeurs administratives, incompatibles avec les exigences d’une économie de plus en plus ouverte et concurrentielle.

Espérons que, le moment venu, le peuple suisse saura résister à ces sirènes à la voix dissonante et placera sa confiance en des patrons de PME expérimentés et crédibles !

10:23 Publié dans Elections nationales 2011 | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook