16/09/2011

Pour la libre circulation des talents

On entend dire que Genève n’est ni le Bronx, ni Marseille. Ces déclarations visent à relativiser l’insécurité grandissante qui règne dans notre ville. La comparaison mérite une analyse, notamment sous l’angle économique.

Précisons d’emblée que chaque citoyen a droit à ce que son intégrité physique et patrimoniale soit protégée. Cela fait partie des tâches élémentaires de l’Etat.

Cela étant dit, revenons au Bronx et à Marseille. Ce quartier de New York et la Cité phocéenne ont une triste réputation en matière de banditisme. En revanche, leur dépendance aux secteurs du tourisme, des entreprises multinationales, de l’horlogerie et de la finance est bien moindre qu’à Genève.

Or, ces activités, qui font la prospérité de notre canton, sont sensibles à la problématique de la sécurité. Un touriste qui est victime d’un vol à la tire ou d’une escroquerie au bonneteau à la sortie de son hôtel ne reviendra plus sur les bords du Léman. Une multinationale ou une organisation internationale dont un collaborateur se fait agresser en ville donnera des conseils de prudence, comme on l’a vu récemment. Le braquage d’une bijouterie ou d’une banque entachera la réputation de Genève.

Genève exerce une forte attractivité sur les bandes criminelles lyonnaises, les escrocs au bonneteau et les mendiants d’Europe de l’Est. Ces facteurs pourraient constituer une excuse si, dans le cadre de la compétitivité sécuritaire, notre canton devait effectivement être comparé au Bronx ou à Marseille. Mais, pour le monde économique, le standard se situe plutôt à Zurich.  Les personnes et entreprises qui recherchent la qualité suisse et sont prêtes à en payer le prix ne sont pas disposées à transiger sur la question de la sécurité, intimement liée à leur conception du « Swiss made ».

La rencontre entre la Conseillère d’Etat Isabel Rochat et la Présidente de la Confédération pour évoquer ce thème est un signe encourageant. Genève doit obtenir rapidement des gages concrets de la part de Berne, d’une part, en matière d’accords de réadmission pour des criminels expulsés et, d’autre part, pour l’obtention d’effectifs de gardes-frontières supplémentaires.

Ce dispositif doit être complété par la création de places de détention administrative et d’une application stricte de la loi contre la mendicité.

Ces améliorations ne doivent conduire ni à un verrouillage des frontières ni à une dénonciation des Accords de libre circulation avec l’Union européenne. A défaut, le remède serait pire que le mal.

La transformation de Genève en camp retranché conduirait à l’asphyxie d’une économie ouverte qui prospère grâce à la libre circulation des talents.

09:35 Publié dans Elections nationales 2011 | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

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