14/12/2011

Je suis un indigné!

Doit-on forcément installer sa tente dans un campement insalubre au Parc des Bastions pour être un indigné ?

Telle est la question que je me propose de traiter brièvement avec vous aujourd’hui à l’occasion de la fête de l’Escalade.

Cette question, je vais l’aborder modestement, par le petit bout de la lorgnette, d’un point de vue exclusivement genevois.

On pourra me reprocher cet horizon étriqué. Mais cette approche me paraît adéquate en cette occasion où l’on célèbre l’esprit de résistance de la Cité de Calvin face à l’agresseur savoyard en 1602.

Permettez-moi une constatation liminaire à ce propos : il me semble que la situation s’est totalement inversée depuis le début du 17ème siècle. En effet, à l’époque, Genève, protégée par ses remparts, devait faire face à une menace extérieure.

Certes, de nos jours encore, certains Etats sont d’humeur belliqueuse à l’encontre de notre pays, voire de notre canton. Le ministre allemand Peer Steinbrück avait même déclaré « qu’à l’époque, on aurait envoyé la cavalerie » contre la Suisse. Mais, heureusement, les chars ne sont pas à nos frontières et la guerre dont il est question ici est plutôt d’ordre économique ou fiscale. Dans ce combat, les Confédérés et les Genevois devraient faire preuve de la même vaillance qu’autrefois, ce qui n’est malheureusement pas toujours le cas.

Certes, actuellement, certains agitent la menace d’une invasion étrangère, non pas militaire, mais de travailleurs qui viendraient piller nos emplois. A cet égard, je fais partie de ceux qui saluent les effets bénéfiques de la libre circulation des personnes pour le développement économique de Genève, qui se caractérise par une économie ouverte, tournée vers l'exportation. Evidemment les mesures d’accompagnement nécessaires doivent être prises pour éviter d’éventuels abus.

Mais aujourd’hui, les fortifications sont tombées et, à mon avis, la menace provient davantage de l’intérieur.

Cette menace moderne trouve son origine dans notre prospérité-même et dans notre tendance à être de fieffés enfants gâtés.

Cette menace me conduit à m’indigner contre les personnes qui crachent systématiquement dans la soupe, autre thème de circonstance. Cette soupe n’est en l’occurrence pas composée de légumes, mais bien d’un bouquet garni d’activités économiques diversifiées qui ont contribué au développement du canton depuis plusieurs siècles.

Je m’indigne contre ceux qui s’en prennent aux multinationales, aux banques et à l’horlogerie qui génèrent des emplois et des recettes fiscales en abondance.

J’ai été particulièrement choqué par les récentes déclarations d’un ancien syndicaliste de la fonction publique qui s’en est pris violemment à certaines marques de haute horlogerie en leur reprochant de ne produire que des objets de luxe destinés aux « riches ».

Ce faisant, il a totalement occulté le fait que Genève a notamment bâti sa réputation d’excellence sur des manufactures horlogères qui, pour certaines d’entre elles, ont été fondées un siècle à peine après l’Escalade et qui ont rayonné à travers l’Europe et le Monde. Le rejet de cet héritage exceptionnel me consterne.

La même indignation va à l’encontre de ceux qui vouent aux gémonies la place financière dans son ensemble. Bien entendu, je plaide pour ma paroisse. Mais n’oublions pas que cette activité génère près de 35'000 emplois dans notre canton et que, en période de crise économique grave, on ne peut simplement pas se permettre de faire la fine bouche. Je rappellerai ici que la banque a des racines très profondes dans notre canton et qu’au temps de l’Escalade déjà, les Genevois excellaient dans cette activité qui contribuait au rayonnement de la Cité.

Personne ne nie que le secteur financier ait commis de graves excès ces dernières années et il est juste de les dénoncer. Mais la crise des subprimes n’a sa source ni à Genève, ni en Suisse. Notre canton, spécialisé dans la gestion de fortune depuis des siècles, n’est quasiment pas actif dans le domaine de la banque d’affaires que l’on peut montrer du doigt suite à certaines dérives spéculatives.

En bref, je m’indigne contre les chantres de la décroissance, caprice de pays riche, qui ne veulent pas regarder en face les conséquences ravageuses de leurs thèses en matière d’emplois. Ne voient-ils pas les Etats européens embourbés dans le surendettement se battre désespérément pour grappiller quelques miettes de croissance pour tenter de se sortir du marasme ambiant ?

Enfin, je m’insurge contre le train de vie de notre canton qui vit largement au-dessus de ses moyens. Alors que nos voisins ont dû tirer le frein en matière de dépenses publiques, Genève continue à dépenser plus que de raison, creusant son endettement dans des proportions démesurées par rapport aux autres cantons suisses. Nos budgets étatiques boursoufflés, alimentés par une fiscalité très lourde en comparaison intercantonale, génèrent des prestations publiques d’une qualité pas toujours optimale. Preuve en est la récente étude PISA sur le niveau scolaire, dans laquelle on trouve Genève en queue de peloton.

Oui, je l’avoue, je suis un indigné de salon, mais ma voix et mon action ont-elles moins de valeur que celles des campeurs des Bastions dont Me Bonnant disait récemment avec le talent qu’on lui connaît : « C’est un camping hors saison qui ne présente aucun intérêt. Je ne vois pas pourquoi ils exhibent leur insignifiance dans un lieu public. C’est esthétiquement offensant ! » ?

14:52 Publié dans Humeur | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

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