21/12/2012

Conte de Noël

« Il faisait terriblement gris ; c’est un temps sans montagnes. Du côté de l’eau, on voyait l’eau rejointe au ciel, et il descend vers elle, et elle monte vers lui. Et de notre côté à nous, le côté habité, de même : car là c’était le mont et là c’était tout le vignoble, mais le haut en était caché, parce que le ciel pendait dessus. Alors, là-dedans, il y avait eu cette belle apparition blanche vers laquelle on s’était tourné et en assez long temps, on n’a pas compris ce que c’était, puis peu à peu, elle a pris forme.
On a vu l’homme, il était tout petit. Sous sa hotte, il était tout gris, comme quand la fourmi porte son œuf blanc trop gros pour elle. Mais il n’a pas semblé que cette charge le gênât, quand il fut venu, il est entré dans la ruelle et il a éclairé la ruelle ; parce qu’alors on lui a dit : « Est-ce lourd ? » mais il riait, bien que la construction montât jusqu’au premier étage et à peine si elle pouvait passer, tant elle était large ».
A première lecture, on pourrait croire que cette description concerne l’apparition du père Noël et de sa hotte dans une modeste bourgade, sujet très approprié en cette période de l’année.
Il n’en est rien. En réalité, ce texte évoque l’entrée du vannier Besson dans un village du Lavaux. Il est tiré d’un petit chef d’œuvre de la littérature romande, « Le Passage du poète », de Charles Ferdinand Ramuz.
Si je l’ai choisi, c’est en hommage à toutes les personnes qui, comme moi, ont traversé en train à d’innombrables reprises cette magnifique région viticole, que le roman de C-F Ramuz décrit de la manière la plus poétique qui soit. Quiconque sera sorti du tunnel de Chexbres en découvrant ce fabuleux panorama lémanique partagera sans doute cette émotion, à chaque fois renouvelée.
Tout en souhaitant à mes lecteurs un très joyeux Noël et une excellente année 2013, je laisserai le mot de la fin à C-F Ramuz :
« Alors il y a eu un petit orage avec deux ou trois coups de tonnerre.
Le fond du lac a été longtemps occupé par des nuages posés l’un au-dessus de l’autre comme des bancs pour s’asseoir ; un coup de vent les fait venir en bas.
Il y a eu un ciel clair, contre lequel a été seulement dressée l’échelle d’une grosse averse ; puis elle s’avance, et tout se brouille, tandis que la terre change de couleur et c’est son tour de changer de couleur.
On ne sait jamais le temps qu’il va faire. »

09:14 Publié dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook