26/10/2014

Lion de Lucerne: certains Helvètes ont la mémoire courte

 

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Un récent voyage à travers la Suisse m’a donné l’occasion de revoir le Lion de Lucerne. 

Ce monument austère, sculpté en 1821, commémore le massacre de 850 mercenaires suisses lors de la prise des Tuileries à Paris le 10 août 1792.

Ce tragique événement doit nous rappeler qu’entre le 13ème et le 19ème siècle, la Confédération, alors un Etat économiquement pauvre, a envoyé plus de 1 million de soldats combattre pour des forces étrangères. Ces contingents ont représenté jusqu’à 10% de la population suisse. Le taux de mortalité au sein de ces troupes était considérable.

Ce n’est que vers le milieu du 19ème siècle que le service à l’étranger a cessé. A cette époque, notre pays s’est fortement industrialisé, sous l’impulsion de personnalités aussi bien suisses qu’étrangères, et a connu depuis lors une prospérité quasiment inégalée au niveau mondial. Cette richesse, qui a aussi permis la mise en place progressive d’un filet social que la terre entière nous envie, n’est pas un acquis immuable. Nous devons lutter pour conserver nos atouts. Par bonheur, ce combat ne se déroule plus sur les champs de bataille, mais, le plus souvent, sur le terrain démocratique.

Notre statut d’enfants gâtés nous conduit parfois à oublier d’où nous venons et à céder à la tentation du repli.

L’initiative Ecopop, sur laquelle nous devrons nous prononcer le 30 novembre prochain, constitue une parfaite illustration de ce syndrome. Elle vise au retour à « la Suisse magnifique des années 50, de l’espace et des paysages ». Si elle était par malheur acceptée, cette initiative nous conduirait plutôt à une période de crise profonde puisqu’elle ne tient pas compte des besoins réels de l’économie. La main d’œuvre indigène ne suffirait de loin pas à pallier la grave pénurie engendrée par une limitation arbitraire de l’immigration, telle que prévue par Ecopop.

L’initiative visant à supprimer les forfaits fiscaux, qui est aussi soumise au peuple le 30 novembre, constitue également une atteinte à notre prospérité. En effet, en cas d’acceptation de ce texte, les pertes fiscales sont estimées à 1 milliard, sans compter les effets induits sur l’emploi, la consommation et le mécénat sportif et culturel.

Le succès de notre pays s’est construit, pièce par pièce, à l’instar d’un puzzle, pour former un tout cohérent.

Ainsi, avant de céder à la tentation de sacrifier des pans entiers de notre bien-être, n’oublions pas qu’il y a deux cents ans à peine, nos ancêtres devaient encore s’expatrier sur les champs de bataille européens pour ramener leur solde dans une Confédération alors nécessiteuse.

14:24 Publié dans Humeur | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

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