05/03/2018

Oxfam : morale à deux vitesses ?

En novembre 2017, l’ONG anglaise Oxfam a mené une vaste opération de communication au sujet d’une liste de paradis fiscaux établie par ses soins. Cette démarche offensive a précédé de peu la publication par l’Union Européenne de son propre palmarès des paradis fiscaux.

En application de sa propre méthode d’évaluation, Oxfam estime que la Suisse doit faire partie des pays à clouer au pilori, sans autre forme de procès. Rappelons toutefois ici que notre pays applique à la lettre les standards internationaux en matière d’échange automatique de renseignements fiscaux.

Dans une note d’information disponible sur www.oxfam.org, l’ONG fait largement appel à des notions de morale et d’éthique pour justifier son point de vue. En matière de fiscalité, elle déclare notamment qu’ «une redistribution plus équitables des recettes en faveur de l’éducation, surtout pour les filles, peut réduire les inégalités entre les femmes et les hommes et renforcer l’autonomisation des femmes».

Ces propos prennent un goût amer lorsque l’on considère les révélations explosives rendues publiques en février 2018 à propos du comportement dont sont accusés certains membres de la délégation d’Oxfam en Haïti.

Pour rappel, selon un rapport interne d’Oxfam, l’ancien directeur de cette ONG en Haïti aurait reconnu avoir eu des rapports tarifés avec des prostituées dans des locaux financés par l’organisation. Le recours à des prostituées mineures n’a pas été exclu par Oxfam. Selon le rapport, sept employés d’Oxfam en Haïti ont quitté l’ONG dans le cadre de l’enquête. Certains seraient également mis en cause pour harcèlement et intimidation, envers d’autres membres du personnel (voir TdG du 19 février).

Cette triste affaire constitue une nouvelle illustration de la parabole bien connue de la paille et de la poutre. Au lieu de s’ériger en censeur de la morale fiscale mondiale, Oxfam aurait été mieux inspirée de consacrer son énergie à balayer devant sa porte et à contrôler le fonctionnement (ou le dysfonctionnement) de ses entités à l’étranger, sur le terrain, où les droits humains les plus élémentaires semblent avoir été foulés au pied.

Les ONG helvétiques, toujours promptes à s’insurger contre le comportement des entreprises suisses dans des pays en voie de développement, se sont-elles désolidarisées de leur consœur britannique ?

On ne trouve rien de tel sur le site de l’ONG Public Eye (anciennement la Déclaration de Berne). Dans son rapport annuel 2017 Public Eye indique en substance qu’elle s’emploie sans relâche à dévoiler les « activités problématiques » de certaines multinationales en mettant notamment en lumière « les vilains secrets » de négociants en matières premières.

Pourra-t-on lire dans le rapport 2018 que Public Eye s’est employée sans relâche à dévoiler les « activités problématiques » et les « vilains secrets » d’Oxfam ?

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